vendredi 15 avril 2011

Orwell, Bradbury et le "printemps arabe"

 Illustration : Jeunes blogueurs égyptiens place Tahrir au Caire. Photo: AFP


Article publié dans La Revue des Ressources, Nawaat de Tunisie, en avril 2011

La divulgation par WikiLeaks, en novembre 2010, des échanges entre l’ambassade US en Tunisie et le dépar­tement des Affaires étrangères américain est censée avoir joué le rôle de déclencheur du « printemps arabe ». Ces câbles trahissaient une vision peu flatteuse du pouvoir « sclérosé » de Ben Ali. Cependant, recon­naît le fondateur de WikiLeaks, la teneur de ces messa­ges indiquait clairement que « s’il y avait un conflit entre le régime de Ben Ali et l’armée, les États-Unis ne le soutiendraient pas nécessairement. » [1] Ce qui « a en­voyé un signal fort aux activistes en Tunisie, ajoute Ju­lien Assange, mais aussi à l’armée, aux partisans de Ben Ali et aux régions voisines », car la situation de l’Egypte et d’autres dictatures arabes présentait de grandes similitudes. Outre qu’ils dénonçaient la corruption des dirigeants tunisiens, ce qui ne constituait nullement une révélation pour les populations de ce pays, les câbles informaient surtout des intentions de Washington : les États-Unis étaient prêts à dissuader les armées des pays du Maghreb et du Moyen-Orient de s’opposer à la « démocratisation » de la région.
Durant le dernier quart du XXe siècle, la plupart des ré­volutions victorieuses – depuis celle des Œillets au Portugal jusqu’à l’effondrement du bloc communiste ou la fin de l’apartheid en Afrique du sud – ont répondu tout autant aux aspirations des peuples à davantage de liberté et d’égalité qu’aux exigences de la doctrine dé­mocratiste occidentale et aux conditions de fluidité exi­gées par la circulation du capital. Il en est de même en ce début de siècle. La vague des « révolutions colo­rées » qui a secoué la Communauté des États indépen­dants – celle « des roses » en Géorgie en 2003, puis celles d’Ukraine en 2004 et du Kirghizistan en 2005, dénommées respectivement révolution « orange » et ré­volution « des tulipes » –, a été suivie par divers fré­missements en Moldavie ou en Azerbaïdjan. Mais l’« épidémie de liberté » [2] – selon les termes de l’ex-Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko – paraît s’être éteinte dans cette partie du monde, alors qu’au cours de ces derniers mois elle a connu un nouvel essor dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient et engendré ce qu’il est convenu d’appeler le « printemps arabe ».
Le rôle attribué par l’occident aux dictatures arabes – remparts contre le communisme au temps de la guerre froide et, plus récemment, contre l’islamisme radical –, s’est avéré dépassé. La captation par les oligarchies en place d’une part considérable des richesses nationales est devenue un obstacle à la libre circulation des flux économiques qu’exigent les réseaux de puissance, à la progressive dissolution des États-nations et à leur inté­gration en tant qu’agents au sein de ces grands réseaux. Parallèlement, la mainmise des régimes autoritaires arabes sur l’information freine le libre développement des Technologies de l’Information et de la Communi­cation (TIC).
Les pays occidentaux, et principalement les États-Unis, comptaient davantage sur le pouvoir quasi hypnotique des flux des TIC que sur la force des armes pour entraî­ner la « démocratisation » de cette partie du monde (leurs tergiversations dans le cas des « frappes » en Li­bye en sont la démonstration a contrario). L’insistance de l’administration américaine sur la question d’Internet, dès le début des soulèvements arabes, en est la preuve tangible. On se souvient du discours d’Hillary Clinton, le 15 février 2011, vilipendant les pays qui censuraient la Toile. « “Internet est devenu l’espace public du XXIe siècle”, a-t-elle expliqué, estimant que les manifestations en Egypte et en Iran, alimentées par Facebook, Twitter et YouTube reflétaient “la puissance des technologies de connexion en tant qu’accélérateurs du changement politique, social et économique.” » [3]  Il est de notoriété publique que le département d’État américain considère Google comme le poste le plus avancé et probablement le plus influent de sa diploma­tie – on sait, par exemple, qu’il a fait pression à plu­sieurs reprises sur le moteur de recherche pour que ce­lui-ci remette en ligne des vidéos d’activistes égyptiens qui avaient été supprimées de sa plate-forme YouTube. [4]
Dès les premiers jours du soulèvement populaire en Tunisie, un nombre important de commentateurs ont insisté sur le rôle central des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Google et Twitter ont entendu le cri de liberté du peuple tunisien ou s’associent pour libérer la parole des Égyptiens, pouvait-on lire ici ou là, ainsi que d’autres commentai­res élogieux sur le rôle « révolutionnaire » de ces tech­niques. L’importance attribuée à Internet, aux « réseaux sociaux » et au téléphone mobile a fait passer au second plan le rôle de la chaîne qatarie Al Jazeera qui est pourtant le principal vecteur dans ces pays de flux in­formationnels favorables à la libéralisation. « Les nou­veaux médias semblent réussir cette alchimie nouvelle de transformer l’information en participation et la parti­cipation en action » [5] lisait-on encore, ou bien : « Outre le fait que leur prolifération [les “blogs” que développe aujourd’hui la jeunesse du monde arabe] et leur manière d’aborder, en quelque sorte de biais, le politique rendent assez vaine toute tentative de contrôle, on peut également penser que les véritables changements naîtront des nouvelles formes de commu­nication électronique. » [6] On pourrait aussi se deman­der si ces technologies sont portées au pinacle pour avoir aidé les peuples à combattre les dictatures ou si elles ne font que répondre de manière plus ou moins fantasmatique à l’idéal connexionniste occidental. Fait qu’illustre, par exemple, la notoriété soudaine du blo­gueur égyptien Wael Ghonim, directeur de marketing au Moyen Orient pour le compte de l’entreprise phare de la Silicon Valley, apôtre de la « révolution 2.0 » et représentant de la jeunesse urbaine connectée issue des couches moyennes et supérieures, considérée à tort ou à raison comme l’élément moteur des soulèvements.
En dépit du rôle « dépolitisant » de certaines de ces technologies, c’est un fait que leur développement ronge depuis deux décennies au moins l’assise du pou­voir des sociétés autoritaires en corrodant le modèle strictement patriarcal qui les domine. Le Prince, aver­tissait Machiavel, « peut combattre de deux manières : ou par les lois, ou par la force » [7] Il doit être à la fois homme et bête et avoir « l’esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les acci­dents de la fortune le commandent ». Et s’il agit en bête, « il a également besoin d’être renard pour connaî­tre les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s’en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles. » Voilà un conseil dont, le plus souvent, les dictateurs ne tiennent pas compte. De nos jours, comme dans le passé, les pouvoirs autoritaires ont recours à la limitation drastique de l’information pour s’auto-légi­timer et ont tendance à vouloir que les flux TIC demeu­rent des instruments de contrôle direct et de propa­gande. Leurs États sont pourtant contraints de faire coexister leur « ministère de la Vérité » avec Internet et leur Marché avec des outils basés sur une activité en réseau susceptible de se trouver en porte-à-faux avec les conduites traditionnelles strictement hiérarchiques. Bien que ces pouvoirs sachent aussi utiliser les nou­veaux médias, le bénéfice qu’ils en tirent s’avère bien inférieur à la force du modèle connexionniste, libéral-libertaire et démocratiste, que ces derniers propagent et qui ruine les valeurs traditionnelles sur lesquelles s’appuient ces régimes.
La question du rapport entre l’exercice du pouvoir et la gestion des flux informationnels n’est pas nouvelle. Elle a, par exemple, fortement préoccupé George Or­well. Dans 1984, Orwell pousse à l’extrême la descrip­tion d’une société basée sur l’utilisation purement ré­pressive de ces flux. On se souviendra sans doute que, dans son roman d’anticipation, le « télécran » est à la fois l’arme de la Police de la pensée et un instrument de télésurveillance. Il diffuse des hymnes militaires et des musiques absolument barbares, ou de longues séries de statistiques illustrant les prouesses du régime. L’image d’un opposant politique accusé de trahison sert à ali­menter les catharsis populaires (les « Deux Minutes de la Haine »). Le portrait géant de Big Brother, homme au visage austère dont la mine patibulaire est l’incarnation même du totalitarisme, est omniprésent. Le télécran est la voix de l’autorité – il transmet ses or­dres –, mais il est aussi capable de voir et d’analyser chaque comportement qui s’écarte un tant soit peu de l’orthodoxie. Rien n’échappe à l’œil ubiquiste de Big Brother et le décor même de la ville en ruine se divise en zone avec ou sans télécrans.
Un autre roman d’anticipation publié à la même époque propose une vision assez différente du futur. Il s’agit de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Dans ce récit, où le mode de domination correspond de manière étonnam­ment prémonitoire à celui qui règne dans nos sociétés connexionnistes, les flux TIC, séducteurs, addictifs et participatifs, sont parvenus à vider les esprits et à dé­samorcer toute velléité de révolte. « Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de “faits”, qu’ils se sentent gavés, mais absolument “brillants” côté in­formation. Ils auront alors l’impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place », explique le capitaine Beatty au pompier Montag. Il n’est plus utile de savoir si les « faits » sont révélés avec exactitude ou s’ils sont falsifiés car le flux discursif des TIC est doté d’un effet déréalisant. L’information basée sur un déferlement ininterrompu d’évènements créera à la fois un sentiment d’inquiétude propice à l’immobilisme et l’illusion d’avancer. Avant d’être une mesure de loi, la censure a été acheminée par les excès de la société elle-même. La destruction de la culture est davantage un phénomène endogène d’extinction que de censure. Car « au vingtième siècle, poursuit Beatty, on passe en accéléré. Livres raccour­cis. Condensés, Digests. Abrégés. Tout est réduit au gag, à la chute. (...) Les classiques ramenés à des émis­sions de radio d’un quart d’heure, puis coupés de nou­veau pour tenir en un compte rendu de deux minutes, avant de finir en un résumé de dictionnaire de dix à douze lignes. (...) La scolarité est écourtée, la discipline se relâche, la philosophie, l’histoire, les langues sont abandonnées, l’anglais et l’orthographe de plus en plus négligés, et finalement presque ignorés.(...) Davantage de sports pour chacun, esprit d’équipe, tout ça dans la bonne humeur, et on n’a plus besoin de penser, non ? Organisez et organisez et super-organisez de super-su­per-sports. Encore plus de dessins humoristiques. Plus d’images. L’esprit absorbe de moins en moins. Impa­tience. Autoroutes débordantes de foules qui vont quel­que part, on ne sait où, nulle part. (...) Et voilà, Montag. Tout ça n’est pas venu d’en haut. Il n’y a pas eu de dé­cret, de déclaration, de censure au départ, non ! La technologie, l’exploitation de la masse, la pression des minorités, et le tour était joué, Dieu merci. » (op. cit.)
Le roman d’Orwell et celui de Bradbury ont été écrits dans l’immédiat après-guerre, soit une vingtaine d’années après Le meilleur des Mondes d’Aldous Hu­xley. Ces œuvres d’anticipation comptent parmi celles qui ont le plus marqué l’imaginaire contemporain au point qu’elles sont devenues de véritables mythes lité­raro-politiques. Mais la figure de Big Brother créée par Orwell constitue la référence (bien sûr négative) la plus universelle de la doctrine libérale-libertaire à l’échelle mondiale. La première publication du roman en An­gleterre date de 1948, c’est-à-dire du début la Guerre froide. Fahrenheit, quant à lui, est paru aux États-Unis en 1953, alors que la société américaine baignait déjà en plein maccarthysme. Ce qui paraissait menacé, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est, c’était à la fois la « culture » et la « liberté ». Ces auteurs ont donc cherché à extra­poler le péril qui guettait ces deux valeurs, mais en des termes qui ne se ressemblent que superficiellement.
On peut, certes, déceler nombre d’analogies entre les deux histoires. Ces romans se déroulent au milieu ou au début d’un grand conflit mondial. Ils ont l’un comme l’autre pour protagoniste principal un agent étatique chargé de la répression : chez Orwell, la tâche du gratte-papier Winston consiste à falsifier l’histoire et, dans le roman de Bradbury, le pompier Montag a pour mission de brûler les livres. Chacun des deux person­nages connaîtra une grave crise de conscience, se heurtera à sa hiérarchie et tentera d’échapper à la ma­chine totalitaire dont il est l’un des rouages.
Dans 1984, les livres ont été détruits et les journaux sont en permanence réécrits en fonction de la version officielle. Dans Fahrenheit, la destruction des livres est en cours, bien qu’ils soient devenus dans les faits inu­tiles car les gens lisent avec difficulté et leur répertoire lexical s’est considérablement appauvri. Cette forme d’illettrisme provoque d’ailleurs chez eux des troubles de mémoire et ils ont du mal à se souvenir de leur his­toire individuelle. Autre analogie notable : Orwell et Bradbury avaient tous deux prévu l’importance que prendrait le téléviseur – l’appareil occupe la place cen­trale du foyer domestique et a déjà la forme d’un écran mural de grande taille –, alors que cette technologie n’en était qu’à ses balbutiements. Ils avaient compris que l’écran ne serait pas seulement un transmetteur de l’idéologie du pouvoir vers un spectateur passif, mais aussi un instrument d’interaction comme aujourd’hui Internet et la télévision. Car même si cette dernière n’a pas encore atteint un niveau d’interactivité comparable à celui du roman, elle parvient à englober une part croissante de vie réelle dans ses programmes de diver­tissement [8] Les existences malheureuses, leurs drames et leurs frustrations, et même leur désespoir sont deve­nus matière à distraction, alimentant une industrie du divertissement cyniquement compassionnelle. Cette criarde exposition du naufrage social et de ses drames conduit à déposséder leurs protagonistes de ce droit ul­time qui est le droit au tragique. Le personnage bradbu­rien a atteint le stade ultime de cette perte car il hait le tragique autant que la littérature ou la poésie, comme tout ce qui demande un effort intellectuel, alors que le personnage de 1984 vit encore sous l’emprise totale du fatum.
Il y a donc, au-delà des analogies entre les deux ro­mans, des différences essentielles. Le rapport inversé aux technologies, notamment, constitue une différence majeure entre leurs univers. Dispositif de surveillance et de contrôle chez Orwell, les TIC sont instruments de relation, de communication et de pseudo-création chez Bradbury. Ces moyens techniques se ressemblent, mais leur usage se situe sur des plans différents. D’une so­ciété orwellienne à une société bradburienne, le mode de domination change de nature et se complexifie. Le vide et l’étourdissement se substituent à la propagande et à la force qui sont, chez Orwell, l’essence même du pouvoir. « Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l’on a choisies », explique à Winston un membre du Parti. Chez Bradbury, il ne s’agit pas de briser les individus ni de torturer leur mé­moire, mais de les conforter dans la passivité, de fo­menter et d’organiser l’oubli.
La société connexionniste insuffle, elle aussi, un senti­ment d’impuissance (ou « d’écrasement par le monde », pour reprendre une expression de Joseph Gabel) sem­blable à celui dont souffrent les personnages d’Orwell, mais elle le fait en utilisant d’autres voies : en gavant et non en privant, en détournant la sexualité et non en la réprimant, en favorisant les flux communicationnels instantanés et dépourvus de substance (dans le sens d’une twitterisation générale) et non en censurant, en transformant la production de flux en loisirs (jeux en réseau, sms), en valorisant les pseudo-relations de type Facebook, en innovant sans cesse techniquement. La nouvelle définition du travail comme travail sur soi [9] et du Capital comme capital humain nécessite, de la part du pouvoir, davantage une attitude d’encouragement que de répression, de « nurturance » que de violence, de technicisation débridée et librement accessible à tous que de restriction ou d’étroite sur­veillance. L’addiction, autrefois au travail productif, aujourd’hui à la production de flux dans et hors de l’activité professionnelle, est un instrument de stabilité des rapports sociaux bien plus efficace que la coerci­tion, quelle que soit sa forme.
Il faut se demander pourquoi le roman de Bradbury semble beaucoup moins intéressant aux révolutionnai­res contemporains que 1984. La métaphore d’Orwell est systématiquement évoquée lorsque, par exemple, on parle du Londres d’aujourd’hui et de ses 500 000 camé­ras de vidéosurveillance. Bien que ce dispositif ait prouvé son inefficacité [10] il est considéré, à l’instar du panopticon de Bentham et de sa version foucaldienne, comme la preuve tangible que la société dans laquelle nous vivons est « carcérale ». La dénonciation de la politique de contrôle incarnée par l’écran s’accompagne généralement d’un second type de critique : l’écran sert aussi à tromper sur les agissements du pouvoir, à mas­quer la vérité et, ce faisant, il permet au pouvoir de se maintenir sur la base du mensonge. C’est à ce double titre, celui du contrôle et du mensonge, que l’écran, pris au sens large, est censé servir une politique qui se pré­tend démocratique, mais évolue vers une forme de to­talitarisme dont l’échéance est plus ou moins rappro­chée, selon les périodes ou ce type de jugement est formulé et la radicalité du groupe qui en est l’auteur.
On constate pourtant que, sauf circonstances excep­tionnelles et en dépit du fait qu’il existe une sophistica­tion de plus en plus grande des aspects inévitablement répressifs à l’intérieur des sociétés connexionnistes, la logique des flux TIC s’accommode difficilement des drastiques limitations orwelliennes. On l’a vu, récem­ment, dans le cas de la Tunisie et de l’Égypte. Il faut donc raisonner en termes de polarité et non en termes absolus. Une société structurée en réseaux et non plus en classes au sens de Marx s’appuie sur une série de « binômes paradoxaux » [11] : contrôle/circulation, vi­tesse/panne, séparation/liaison. À ce titre, il n’est nul­lement exclu, dans l’absolu, que la tendance connexionniste dominante aujourd’hui puisse s’inverser dans le futur, privilégiant le contrôle sur la circulation, d’autant que les réseaux de puissance sont labiles et que la délocalisation joue aussi en ce qui les concerne. Cela signifie par exemple qu’ils peuvent sacrifier le déve­loppement des TIC dans des zones en déclin et favori­ser des zones émergentes.
La notion employée ici de « réseau de puissance » se réfère au niveau supérieur des réseaux économiques et politiques, niveau le plus performant pour le captage de la richesse et le drainage des flux financiers. « Il com­prend, écrit Jacques Wajnsztejn, les États dominants (ceux qui participent aux Grands sommets) et certaines puissances émergentes comme la Chine, les banques centrales et les institutions financières, les firmes mul­tinationales et les sphères informationnelles au sens large (informatique, communications, médias, culture). » [12] C’est le niveau où s’est produite l’explosion des marchés financiers dans les années 80 et où a lieu la fictivisation du capital. À l’instar des flux TIC, il a tendance à rendre le temps plus abstrait et à agir dans l’instantanéité. Le niveau inférieur où domine encore le mode de production matériel doit s’accommoder d’une temporalité plus longue, celle qui est nécessaire à l’accumulation du capital et à l’action transformatrice du travail. On remarquera, à ce propos, la façon dont une société ultra-connexionniste comme celle du Japon est désarmée face à un accident indus­triel du type Fukushima. Le mode d’action « fluxiste » du niveau de puissance dominant et son éloignement progressif des pratiques de l’âge industriel ont pour conséquence une certaine paralysie face à une situation de crise qui nécessite la mise en œuvre de moyens matériels importants.
La communication officielle sur la catastrophe nu­cléaire au Japon nous rappelle aussi que les « princes » qui gouvernent les sociétés connexionnistes se font souvent plus lions que renards et persistent à ignorer que les flux informationnels et communicationnels ga­gnent désormais en « économie » et en « efficacité », donc en pouvoir de domination, s’ils rapportent des vé­rités factuelles au lieu des habituels mensonges. Les situations de crise comme les guerres ou les grands dé­sastres écologiques réactivent habituellement le vieux réflexe orwellien de travestissement du réel – on se souvient notamment de l’alibi des armes de destruction massive qui a servi à justifier l’intervention occidentale en Irak et l’on assiste aujourd’hui à ce même procédé de surinformation-désinformation dans la gestion de la crise nucléaire au Japon.
Les médias, même s’ils cherchent à prouver leur légi­timité en traquant certains mensonges officiels, ou en faisant des révélations, ne constituent pas pour autant un « contre-pouvoir ». Affaiblissant telle personne ou insistant sur tel dysfonctionnement particulier, ils ren­forcent globalement le pouvoir dont ils sont l’auxiliaire le plus précieux. Les flux médiatiques agissent surtout par leur continuité et leur éclectisme. L’individu se voit offert un choix d’informations à partir desquelles il va réagir avec passion ou peur, en fonction de son état d’esprit au moment auquel il les capte ou du prestige qu’il gagnera à les communiquer à autrui. Mais le dé­mocratisme et la prégnance du représentationalisme dressent une barrière difficile à franchir entre le savoir et le faire. L’« information » qui transite par les TIC correspond à une forme de connaissance déconnectée de l’action et adaptée au renoncement et à la passivité. Il faut noter que la forme de démocratie dont nous avons hérité et qui constitue le terrain d’élection du connexionnisme – le démocratisme représentationnel qui est la version historique bourgeoise du principe de souveraineté populaire –, a séparé symboliquement et physiquement le citoyen et l’action politique. Pour cette raison, la doctrine démocratiste occidentale s’accommode sans grande difficulté des dictatures (à condition qu’elles ne troublent pas le « jeu économi­que ») et « recycle » avec facilité son personnel au cours des « démocratisations ». En parlant des mouve­ments communaux dans l’Occident médiéval et des as­pirations de la protobourgeoisie à l’autogouvernement, Castoriadis notait qu’il existe dans ce cas « une diffé­rence essentielle relativement à l’imaginaire démocrati­que grec ancien : presque aussitôt nées, les nouvelles villes évoluent vers des formes oligarchiques ou en tout cas vers des formes de délégation irrévocable du pou­voir, ou de “représentation” – et jamais, mis à part quelques soulèvements du “menu peuple” et, par exemple, les Ciompi à Florence vers la fin du XIVe siè­cle, vers des formes de démocratie directe. » [13] Il s’agit là sans doute d’une contingence historique, mais nous continuons à lui payer un lourd tribut.
La logique réticulaire s’est étendue aujourd’hui à tous les domaines de la vie sociale et la communication connexionniste désincarnée – qu’elle soit graphique (forum, listes de diffusion, chat, etc.), auditive ou au­dio-visuelle (téléphone, webcam, visio-com, etc.) – ren­force de fait la mise à distance des individus ; elle est fondamentalement différente du dialogue socratique ou, de manière générale, de toute forme de socialité « organique ». Elle ne traduit pas pour autant une « virtualisation » du dialogue puisqu’il s’agit d’une communication bien réelle. Mais étant désincarnée, elle a tendance à réduire la présence physique de l’interlocuteur à une image sonore ou visuelle, ou à l’éliminer totalement.
Dans son « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle » [14] Deleuze écrivait que la nouvelle forme de capitalisme n’est plus celle de la domination « directe », du « classe contre classe ». La société a ra­dicalement changé depuis Marx et a aussi beaucoup évolué depuis les analyses de Foucault. Pour Deleuze, le contrôle a remplacé l’enfermement et il est « comme un moulage auto-déformant qui changerait continû­ment, d’un instant à l’autre, ou comme un tamis dont les mailles changeraient d’un point à un autre. » Parler comme Deleuze de « société de contrôle » incite à pen­ser que la surveillance constitue la finalité de la mise en place des nouveaux dispositifs. Il semble plutôt que le contrôle soit un phénomène « émergent » dans une so­ciété connexionniste qui cherche surtout à favoriser la fluidité du capital et la circulation des flux et n’hésite pas, dans ce but, à pousser les agents à développer leur « créativité » et à « communiquer ». Cet aspect est ab­sent du texte de Deleuze qui ne relève que le côté concurrentiel, la rivalité qui oppose les individus entre eux. La société connexionniste s’appuie sur l’autonomie de l’agent qu’elle tente de favoriser à tra­vers un mouvement contradictoire : intensification du maillage, atomisation, flexibilisation, désincarnation et incitation à la prise de risque individuelle. Cependant, en cas d’échec de ce type de dispositifs, il va de soi que la hiérarchie rétablit le principe d’autorité. L’exemple du trader Jérôme Kerviel est à ce titre exemplaire. Il n’y a donc pas de remise en question de la hiérarchie so­ciale par le connexionnisme, mais réorganisation les relations sociales sur une base réticulaire, les plus puis­sants étant ceux dont le réseau est le plus étendu ou dont le « poids synaptique » est le plus fort dans leur réseau.
On notera que si le développement réticulaire et l’explosion fluxiste avaient pour seule ou principale fi­nalité l’accroissement du « contrôle » et n’étaient pas un pur produit du développement illimité de la rationa­lité économique, ils trahiraient un très mauvais calcul de la part des dominants puisque les réseaux physiques, de même que leurs flux énergétiques et information­nels, constituent, de par leur irremplaçabilité et leur po­sition vitale, le talon d’Achille des économies mondia­les les plus puissantes.
Si, en tant que « science de la communication », la cy­bernétique avait fait le rêve d’une organisation « rationnelle » du monde, considérant les humains comme des machines dotées de cerveaux-ordinateurs, force est de constater que cette cauchemardesque illu­sion ne s’est pas réalisée. Le connexionnisme, quant à lui, a compris la différence entre le vivant et l’inerte, l’humain et la machine, le formel et le réel, la vérité abstraite et la vérité interactionnelle. Précisons que le terme « connexionnisme » est pris ici dans ses deux principaux sens : celui de modèle cognitif issu des sciences cognitives et de leur critique de la cybernéti­que, et celui de modèle social. Ce sont donc deux plans distincts dont l’ouvrage de Boltanski et Chiappello, Le nouvel esprit du capitalisme, avait bien établi la rela­tion. Le modèle des sciences cognitives cherchait à rapprocher l’informatique et la biologie du cerveau de modèles d’intelligence distribuée, modèles qui ont été ont été transposés, de façon plus ou moins métaphori­que, à l’étude des sociétés humaines [15] Contrairement à la cybernétique qui était effectivement une science du contrôle (ou, ce qui revient au même, prônait l’instauration du contrôle « scientifique » de la société), le connexionnisme ouvre, comme on l’a dit, le champ de la créativité et de la communication, de l’auto-réali­sation « libérée » ou de l’imaginaire. Il s’accommode parfaitement du discours et de certaines pratiques li­bertaires dans un monde qui aspire, pour se délivrer à la fois de l’économique, devenu une insupportable source de tension et de catastrophes, et d’une conception de la valeur purement matérielle, à recréer du « social », du « convivial », du « lien » ou de l’« économie soli­daire ».
En relation à la société industrielle classique, les nou­velles formes d’exploitation connexionnistes ne dépen­dent plus forcément du rapport travail/rémunération, mais d’un positionnement plus ou moins asservissant dans les réseaux, situation qui n’est pas encadrée juri­diquement et qui est même assimilée parfois à des « loisirs ». La tendance propre aux sociétés connexion­nistes à désubstantialiser l’économie ne rend nullement celle-ci « immatérielle », comme le prétend André Gorz ou l’économiste René Passet, ni « cognitive » ou « informationnelle », mais simplement « fluxiste ». Cela signifie que la production et la gestion des flux (informationnels, communicationnels ou financiers) a tendance à subsumer la production et la gestion des biens. Lors de la crise des subprimes, les prêts hypothé­caires ont été émis par millions et les banques améri­caines, souhaitant se passer des notaires, ont créé leur propre système informatisé pour enregistrer les tran­sactions : le système MERS. Mais ce fichier MERS contient des documents peu détaillés sur l’hypothèque et l’emprunteur et ne valent rien aux yeux des juges. Le but des banques était en fait de spéculer sur la base de ces hypothèques frauduleuses en les revendant en masse à des investisseurs. Mais à présent, pour faire valoir leur droit à récupérer les biens hypothéqués, les banques sont incapables de présenter des documents notariés. Plusieurs banques se disputent parfois le même bien. Cet exemple illustre la façon dont des biens physiques et leurs possesseurs eux-mêmes peuvent su­bir une désubstantialisation et être convertis en unités d’informations (bits).
Devenue la base de l’économie, l’activité fluxiste a créé de nouvelles formes de précarité comme a) le manque de réseau (l’exclusion), facteur de précarité qui n’entraîne pas forcément l’appauvrissement mais peut mener à l’isolement et à l’incapacité à maintenir les liens existants, b) la dépendance de réseaux locaux courts et contraignants en relation aux réseaux longs réservés aux puissants, c) l’immobilité et le rôle de re­présentation des puissants sur les nœuds des réseaux, présence fixe qui autorise les puissants à être, eux, très mobiles, d) le refuge dans ces nouvelles formes d’activité typiques de la société connexionniste que sont les jeux vidéo, le téléphone mobile, le sms et le surf sur Internet. Dans Fahrenheit, Mildred, la femme du pompier Montag, est un personnage archétypal et une parfaite anticipation du Nolife ou du Hikikomori japonais. Elle demeure en permanence confinée entre les trois murs-écrans de sa salle de séjour et s’adonne à une communication pseudo-ludique avec les membres de sa « famille » que sont les icônes télévisuelles inte­ractives.
La corporéité technique subissait (et subit encore, mais à une échelle moins grande que par le passé) une situa­tion d’enfermement destinée à produire des biens et des services. Dans la société connexionniste, la corporéité technique n’est plus destinée prioritairement à trans­former des matières premières, mais du temps. Il s’agit là d’une autre forme d’enfermement par enveloppement dans un maillage de flux plutôt que par contention dans un espace foucaldien ou même dans un espace de contrôle comme le suggère Deleuze. L’individu décor­poréisé et atomisé concourt lui-même autant qu’il peut à se transformer en unités d’information, en messages qui trouveront leur place dans le réseau. À consommer du temps pour produire des flux.
Ce mode de domination a besoin de désubstantialiser pour favoriser la fluidité. L’État lui-même rêve de s’autodésubstantialiser – le « dégraissage » est l’un de ses maîtres-mots. La technique peut remédier facile­ment à une interruption de flux matériels, mais redoute par-dessus tout les perturbations qui touchent à la cir­culation des corps, quel qu’en soit le motif – la victime emblématique de ce type de société est le voyageur immobilisé, que ce soit par une grève, un accident ou une catastrophe. De manière générale, la société connexionniste se méfie du corps car il est source de tensions et de ralentissement des flux. C’est pourquoi les solutions envisagées visent à diminuer dans la me­sure du possible les situations de contact : on favori­sera, par exemple, le télé-enseignement, la télé-méde­cine ou la communication en ligne avec les administra­tions, et on cherchera à désubstantialiser peu à peu l’ensemble des institutions.
L’idée du réseau se présente donc comme une méta­phore opérante capable d’éclairer et d’unifier un grand nombre d’aspects de nos sociétés. Son succès et son importance proviennent de son rôle croissant dans la vision qu’a l’époque d’elle-même. Sans vouloir retracer ici l’histoire de cette métaphore conceptuelle, signalons que, dans son ouvrage Critique des réseaux [16] Pierre Musso tente de cerner les trois moments clés de la gé­néalogie du réseau. Le premier moment où domine la technique artisanale du tissage court des origines my­thologiques à Descartes. Le deuxième temps, « biologico-politique », marque le moment de la fusion de l’organisme et de la rationalité réticulaire, à la char­nière des xviiie et xixe siècles, préalable à la double in­vention conceptuelle et symbolique de Saint-Simon et des macro-réseaux techniques territoriaux. Enfin, le troisième moment caractérise le XXe siècle, depuis l’invention de l’ordinateur, avec une nouvelle vision correspondant à la doxa du réseau qui peut être quali­fiée de « biotechnologique ».
La forme réseau devient un opérateur social à une épo­que située entre les Lumières et la philosophie du xixe siècle, moment charnière formalisé par Saint-Simon pour qui le réseau ne définissait pas seulement le sys­tème industriel, mais devait devenir la base matérielle et symbolique de la société dans son ensemble. Or cette utopie techno-sociale s’est réalisée, ou du moins cher­che à le faire. C’est celle d’une démocratie mondiale réticulaire basée sur la communication où le présent est passage, transition et mouvement, mais un mouvement du non-changement. Puisque, dit l’auteur (op. cit.), la « société de communication » a sa vérité dans le réseau, alors ce dernier est un passeur qui nous transmute en « passants », toujours plongés dans des flux (d’informations, d’images, de sons, de données...) De même que la république platonicienne cherchait à attri­buer une place à chaque individu, la démocratie réticu­laire met chacun dans une situation de passage en le « branchant » à un réseau. L’opérateur réseau né de la pensée du changement historique aboutit à l’évacuation de toute pensée du changement.
Doctrine militante pour des raisons historiques liées à son imaginaire et à l’influence du christianisme, le dé­mocratisme occidental est actuellement en pleine com­munion connexio-centriste avec les pays arabes. L’actuel « printemps arabe » ne sonne-t-il pas l’heure de voir se réaliser le projet du saint-simonien Michel Chevalier, l’homme qui, au xixe siècle déjà, annonçait que le réseau technique réconcilierait l’Orient et l’Occident ?  [17] Le « système général » de la Méditerra­née qu’imagine Chevalier fait de chaque grand port un lieu d’interconnexion de réseaux imbri­qués entre terre, mer et eaux intérieures. « La Méditer­ranée a été une arène, un champ clos où, durant trente siècles, l’Orient et l’Occident se sont livré des batailles. Désormais la Méditerranée doit être comme un vaste forum sur tous les points duquel communie­ront les peuples jusqu’ici divisés. » [18] On peut donc se demander si, en même temps qu’elle semble réaliser le rêve d’œcuménisme connexionniste de Chevalier – l’union de l’Orient et de l’Occident dont la Méditerra­née devient le « lit nuptial » – cette période de l’histoire n’est pas tentée d’inventer une nouvelle forme de ré­volution : la révolution a-politique, portée par le féti­chisme du réseau, « techno-utopie » suscitant des dis­cours visionnaires sur de nouveaux liens sociaux, de nouvelles communautés, voire une nouvelle société.
Le développement sans frein des techniques a produit un sentiment de fatalité, déterministe et finaliste, et la conviction largement partagée que l’Eden connexion­niste est promis à l’humanité tout entière. Que c’est là sa plus heureuse destinée et que, consciemment ou dans leur inconscient, tous les peuples y aspirent profondé­ment. L’origine de cette conviction est à rechercher dans les liens étroits entre l’évolution de l’espèce hu­maine et celui de sa technique. Il faut ici revenir à l’œuvre de Leroi-Gourhan et se souvenir que, pour lui, il était impossible « de ne pas considérer que l’humanité change un peu d’espèce chaque fois qu’elle change à la fois d’outils et d’institutions. » [19] Le proces­sus technique chez l’homme est équivalent aux changements génétiques conduisant à la spéciation des autres mammifères. C’est pourquoi la corporéité tech­nique humaine est inséparable de sa corporéité biologi­que.
À la fois extérieure et incarnée, la technique ne semble pas un choix fait par l’espèce humaine mais une donnée de nature, et son orientation ne se présente pas comme pas le résultat des circonstances, mais de l’impérieuse nécessité de la survie – comme chez les autres espèces leur évolution biologique.
La question est donc de savoir si, en tant qu’êtres dont l’identité corporelle et extracorporelle est façonnée en partie par la technique, et plus précisément par cette forme particulière qu’est la technique capitaliste, nous pouvons l’évaluer d’un point de vue extérieur, dans la mesure où nous « raisonnons » et « imaginons » en grande partie à travers notre double identité biologique et technique (double car le processus n’est heureuse­ment pas totalement fusionnel).
La difficulté d’appréhender et de critiquer ce phéno­mène est peut-être la raison de notre sentiment d’impuissance face à une souffrance bien réelle, un type de souffrance dont la logique scissionnelle entre biologie et technique serait, dans cette hypothèse, la cause principale.



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Notes : 
[1] Julian Assange : Nous avons été un déclencheur, Libération, 16 Avril 2011.

[2] On ne discutera pas ici du rôle que les service secrets occidentaux ont pu jouer dans sa propagation.

[3] Hillary Clinton milite pour la liberté sur Internet , Le Monde, 16 février 2011.

[4] Google, les États-Unis et l'Egypte, Le Monde, 3 février 2011.

[5] La révolution arabe, fille de l’Internet ? Marie Bénilde, 15 février 2011.

[6] Internet en Egypte : une redéfinition du champ politique ? Yves Gonzalez-Quijano, 23 février 2011.

[7] Le Prince, Chapitre 18, « Comment les princes doivent tenir leur parole », éd. de La Pléiade.

[8] La scène du « théâtre de famille » bien rendue par l’adaptation cinématographique de Fahrenheit 451 réalisée par François Truffaut (lien), rappelle d’assez près les programmes actuels des grandes chaînes de télévision.
[9] Voir « Société du travail et mythe du temps-ressource », B. Pasobrola, Le Revue des Ressources, février 2010.

[10] De l’aveu même du Security Document World Conference de Scotland Yard, 2008.

[11] Pierre Musso , Utopie et idéologie des réseaux, juin 2005.

[12] Après la révolution du capital, notes de présentation, Jacques Wajnsztejn, mars 2010. Voir aussi : Quelques précisions sur Capitalisme, capital, société capitalisée, Temps critiques, janvier 2010. URL : http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article206

[13] Fait et à faire, éd. du Seuil, 1997.

[14] « L 'autre journal », n°1, mai 1990.

[15] D’autres auteurs comme Lucien Sfez ou Pierre Musso préfèrent utiliser le terme « rétiologie » (ou « idéologie du réseau ») pour désigner le même phénomène.

[16] Ed. Presses Universitaires de France, 2003.

[17] Dans un article intitulé « Le système de la Méditerranée » paru dans Le Globe du 12 février 1832.

[18] Pierre Musso, Utopie et idéologie des réseaux , mars 2007.

[19] André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, la mémoire et les rythmes, éd. Albin Michel, 1964.