lundi 28 avril 2014

Théologie des automates et autonomisation de la technique



Dans ce texte de présentation de ses séminaires à l’EHESS (cf. PJ), Michel Tibon-Cornillot, (dont j’avais apprécié de manière critique « Les corps transfigurés - mécanisation du vivant et imaginaire de la biologie ») pose le doigt sur la plaie de nos sociétés planétaires que constituent l’explosion démographique des populations humaines et la prolifération des automates.
Ses observations sont toujours intéressantes, mais demeurent prisonnières d’une théorie dualiste de l’opposition homme-machine – métaphore qui s’est substituée à l’opposition classique corps-esprit tout en renforçant cette dernière (n’oublions pas que le mythe du Golem est né dans le contexte du monothéisme).
Raisonner en termes de catégories pures déshistoricisées (un Être-homme et un être-machine ou automate), c’est se condamner à déboucher sur une sorte d’humanisme plat qui amène à énoncer ce genre de questions : nous croyons dominer les machines, mais ce sont elles qui nous dominent ; les machines décideront-elles du sort de l’homme ? Etc.
Je cite l’auteur : « Les automates, “cyborgs” et “réplicants” peuvent-ils être considérés comme porteurs involontaires du salut des hommes ? Peut-on leur attribuer la responsabilité d’adoucir le destin de notre espèce ? Quel sera le prix à payer pour que les représentants de l’espèce humaine puissent formuler devant les automates la terreur collective de leur espèce d’être responsable de la destruction la planète ? Faudra-t-il alors que les hommes abandonnent leurs “responsabilités ” et remettent entre les mains des automates les clés de leur puissance ? »
Je demande à mon tour : la relation à la machine automate est-elle identique si l’on est Bill Gates ou un tableautiste industriel ? Notre « Être-espèce » est-il le même si l’on est papou, amérindien ou que l’on travaille à la City de Londres ? Lorsque l'auteur parle du « mouvement de l’esprit » (« une part du mouvement de l'esprit est passée dans la matière et s'est autonomisée » ) se réfère-t-il comme Hegel au seul et unique « sujet » chrétien occidental ?
Il me semble que les machines, au même titre que les institutions, sont au service de la rationalisation. Ni les unes ni les autres ne sont « autonomes ». Il est désolant de voir le vieux fétichisme de la marchandise de Marx transposé ici aux machines automates.
L’observation de l’existence d’un lien entre démographie galopante et explosion du nombre de machines et d’automates n’est pas compréhensible en dehors de cette forme d’imaginaire bien spécifique qu’est la rationalisation. Les machines n’ont aucun sens en dehors de cet imaginaire et leur pouvoir de modifier la réalité serait quasi nul (à ce jour, que je sache, les machines qui échappent au contrôle humain avec des finalités propres existent uniquement à l’intérieur des pages des livres de science-fiction).
L’ « autonomisation » de la technique ne pose pas seulement un problème sur le plan épistémologique. Elle est théoriquement contestable car le « pouvoir » des machines prouve seulement l’existence du pouvoir tout court, du pouvoir social.

۩  "Théologie des automates" et autonomisation de la technique
Théologie des automates, Michel Tibon-Cornillot