mercredi 1 novembre 2017

Alain Testart : armes tranchantes et femmes désarmées

Cela faisait bien longtemps, plusieurs décennies peut-être, que plus personne ne parlait des anthropologues Raoul et Laura Makarius. Et voilà que leurs thèses reviennent en force grâce à l’ouvrage posthume d'Alain Testart L’amazone et la cuisinière, Anthropologie de la division sexuelle du travail, (éd. Gallimard, 2014). Pourtant, on persiste à les ignorer. Car on ne les cite pas. Alain Testart lui-même se garde bien d’exposer et de discuter leurs thèses dans le corps de son ouvrage.

Pourtant, cet anthropologue qui s’est malheureusement éteint voilà quelques mois après avoir produit une œuvre d’une remarquable perspicacité, a été l’un des rares à reconnaître quelque mérite aux travaux des Makarius [1], injustement tombés en disgrâce pour s’être opposés au structuralisme, et, bien sûr, à son chef de file, Claude Lévi Strauss [2].
Influencés par Mauss et Durkheim, Laura et Raoul Makarius écrivent leurs ouvrages majeurs dans les années 1960 et 1970. Ils se réclament d’une tradition résolument évolutionniste et critiquent le structuralisme qui fonde les systèmes de parenté sur la prohibition de l'inceste, alors que leur interprétation privilégie la loi d'exogamie. Or c’est une vision évolutionniste qu’Alain Testart s’est attaché à refonder et à illustrer dans son récent et passionnant ouvrage Avant l'histoire: L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac, (éd. Gallimard, 2012). Et l’on ne peut que s’interroger sur le fait que, parmi tous les anthropologues cités, pas une seule fois il ne fait figurer le nom des Makarius.
Dans L’amazone et la cuisinière, Testart évoque leur œuvre, mais uniquement dans les annexes bibliographiques, se contentant de préciser que « l'idée de l'importance symbolique du sang dans les cultures autrefois appelées “primitives” vient directement de l'important travail de Laura Levi Makarius, Le Sacré et la violation des interdits. » Pour ajouter aussitôt qu’il s’est « toutefois très tôt séparé de son explication psychosociale (la peur du sang) et de cette sorte d'interprétation matérialiste qui aurait fait d'une donnée biologique la base, le soubassement naturel, l'infrastructure peut-on dire en termes presque marxistes, des croyances. »
Tout l’édifice complexe et nuancé que Raoul et Laura Makarius ont édifié en s’appuyant sur Caillois, Mauss, Frazer et Durkheim – en particulier l’ambivalence du sacré, la magie violatrice, la puissance de la magie du sang menstruel – est-elle réductible à un simple trait psychologique comme « la peur du sang » ? Cela ressemble à une bien étrange façon de simplifier la pensée de ses précurseurs.
Mais selon Testart, Durkheim et Makarius expliquent l’exogamie par « un phénomène de croyance (la qualité sacrée du sang du clan pour Durkheim, la peur du sang pour les Makarius) », alors que l’exogamie relève pour lui de l'organisation sociale [3]. Il semble affirmer à cet endroit que les croyances sont déterminées par l’organisation sociale, et contredire l’idée que l’organisation sociale, en particulier l’exogamie dont il est question ici, serait le fruit des croyances.
Au cours de son exposé sur la division sexuelle du travail, Testart rejette tout d’abord les thèses qu’il qualifie de « naturalistes » et « rationalistes » à propos de l’incompatibilité supposée des femmes et de la chasse dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs ; il donne maints exemples allant à l’encontre du « manque de mobilité » des femmes qui constituerait pour elles un obstacle majeur à la pratique de la chasse. Il fait remarquer que la chasse n’est pas toujours mobile et qu’il arrive, si l’on en croit les données ethnographiques, que les femmes chassent du gros gibier, mais à la condition de ne pas utiliser d’armes tranchantes et de ne pas faire couler le sang de l’animal chassé. Or s’il y a incompatibilité entre les femmes et le sang, « ce n'est pas tant le contact [des femmes] avec le sang animal que les us et coutumes des peuples du monde entier cherchent à éviter, c'est le sang dans son jaillissement ». Le geste technique féminin sur la matière, explique l’auteur, « consiste à contourner, serrer, écraser, assommer, évitant de couper ou de trancher.
 [4]»
On comprend maintenant pourquoi la division sexuelle du travail ne correspond pas en réalité au stéréotype homme/chasse, femme/cueillette, puisque les femmes chassent aussi et que les hommes pratiquent évidemment eux aussi la cueillette, à ceci près qu’une femme n’effectue sa cueillette que sous forme de « ramassage, d'arrachage, ou encore en détachant le fruit du végétal à la main (sans percussion), avec un bâton (percussion diffuse, c'est-à-dire lancée, et non coupante) ou avec un couteau (percussion posée, c'est-à-dire coupante, et non lancée) ». En revanche, si la cueillette exige l'utilisation d'un outil tranchant ou d’une hache (percussion lancée linéaire), la tâche devient alors masculine.
« La femme, conclut Testart dans ce passage que l’on peut considérer comme sa thèse centrale, s'est vue écartée de la chasse sanglante parce qu'elle-même saigne périodiquement, écartée de l'abattage du bétail et de la boucherie pour la même raison, écartée de la guerre et de la prêtrise dans toutes les religions qui mettent en jeu un sacrifice sanglant, écartée du four de fonderie parce que celui-ci semble être une femme qui laisse échapper sous son ventre une masse rougeoyante analogue à des menstrues ou à du placenta, écartée de la marine, des navires qui voguent sur les océans et de la pêche en haute mer parce que la mer est susceptible de violentes perturbations tout comme l'est le corps de la femme, écartée de tous les travaux et outils qui, par des chocs répétés, font éclater la matière travaillée et révèlent son intérieur parce qu'il est question de l'intérieur lors de ses indispositions périodiques, etc. » Il ajoute un peu plus loin : « Les évitements, les tabous, ou seulement les habitudes, s'appuient sur des analogies dont les acteurs ne sont pas conscients. »
Il soutient tout au long de ce livre qu’il n’y a pas d’autre cause que certaines croyances sur les femmes, par conséquent aucune raison « objective » pour que ces dernières aient été écartées de telle ou telle tâche, ou confinées dans telle autre – et cela dans tous les types de sociétés, avec ou sans État, des plus primitives jusqu’aux sociétés modernes –, et il démonte un à un tous les poncifs en la matière imaginés par les anthropologues : force physique inférieure, manque de mobilité du fait quelles allaitent, qu’elles sont enceintes, qu’elles ont la garde des enfants, etc.
On s’étonnera donc qu’il affirme dans ses notes bibliographiques déjà citées que « la cause ultime est dans la structure sociale », que les croyances ne font que traduire cette structure sociale « à leur façon », et qu’il réfute l’explication « psycho-sociale » des Makarius qu'il trouve trop « matérialiste ». Prenant le contrepied de sa propre démonstration, il dénie tout rôle moteur à l’imaginaire social comme si la « structure sociale » était une donnée naturelle imposée par on ne sait quelle transcendance historique entraînant tout le reste, en particulier les croyances sur les femmes. Il y a là un paradoxe bizarre de la part d’un esprit aussi analytique et peu conformiste que le sien, mais il lui est apparemment difficile de couper le cordon ombilical avec le marxisme et donc avec le matérialisme historique, ce qui le pousse à attribuer l’action motrice à la structure sociale, et non à l’imaginaire social-historique qui conduit les sociétés à s’organiser de telle ou telle façon.
C’est un piège dans lequel, tout marxistes qu'ils étaient, ne sont pas tombés les Makarius. Leur thèse que Testart trouve « trop matérialiste » est fondée sur des croyances sociales en rapport avec un fait biologique (le sang et les diverses circonstances où il s’écoule) et non, comme l’affirme Testart, sur le fait biologique en lui-même qui servirait d’« infrastructure peut-on dire en termes presque marxistes, des croyances. [5]» Notons que ces affirmations sur l’infrastructure incarnée par un fait biologique sont aussi éloignées de la théorie marxienne que de celle de Laura et Raoul Makarius. En revanche, faire découler les croyances en droite ligne de la structure sociale rapproche sans aucun doute l’auteur de L’amazone et la cuisinière des thèses déterministes du matérialisme historique. Bien qu’il démontre que le mode de pensée humain est métaphorique, structuré par des analogies dont il donne un nombre incalculable d’exemples, il sombre dans une espèce d’objectivisme des « causes sociales » dont il dit aussi qu’elle n’ont aucune efficience et aucune base réelle.
Étonnants paradoxes de la part d’un anthropologue qui ne nous a pas habitués à se dérober face à la complexité. De fait, Testart est bien obligé de conclure que « pendant des millénaires, et probablement depuis la préhistoire, la division sexuelle du travail provient de ce que la femme a été écartée des tâches qui évoquaient trop la blessure secrète et inquiétante qu'elle porte en elle.[6] » Aussi écrit-il plus loin : « L'entreprise excède visiblement le cadre de ce petit ouvrage dont l'objet était de mettre en évidence un ensemble de faits convergents, une tendance générale et universelle jusqu'au XXIe siècle, même si je ne la crois pas irréversible : ce sont des croyances, et les croyances précises dont il a été question dans cet essai, qui expliquent le plus gros de la division sexuelle du travail depuis les origines à nos jours. »
Il est donc contraint, parce qu’il n’en voit pas d’autre, d’adopter la thèse « psycho-sociale » dont il conteste la validité dans ses notes bibliographiques. Quelle est, grosso modo, cette thèse ?
Dans son analyse du sacré, écrivions-nous dans la revue Temps critiques [7], Laura Lévi Makarius assimile l’ambivalence du mana au pouvoir sacré du sang, à la croyance au caractère dangereux du sang, à son pouvoir magique et à l’efficacité de la violation de tabou pour l’acquérir et s’en servir aux fins désirées par le groupe. L’ambivalence du mana est donc elle-même héritée de celle du fluide vital, élément profondément sacré pour une société chasseresse : le sang, source de vie et de mort. La pensée primitive cherche avant tout l’équilibre et craint que l’accentuation des dissymétries n’ait des effets dévastateurs. Quand le sang d’un membre du clan est versé, une force redoutable est libérée et ne peut être canalisée que par le sacrifice d’une victime expiatoire. Venger le sang, remarque Durkheim, consiste à « anticiper les violences que le sang engendrerait de lui-même si on le laissait faire » (La prohibition de l’inceste et ses origines). C’est pour cette raison, selon Lévi Makarius, que les hommes s’infligent des scarifications sanglantes avant de partir à la chasse ou à la guerre, ou à d’autres activités les exposant au danger de sang. Dans le même esprit, ils rachètent la mort d’un proche en se tailladant le corps et en se mutilant ; l’ablation d’un doigt ou d’une phalange, par exemple, est une sorte de sacrifice de rachat.
De manière générale, l’anthropologie témoigne à l’évidence que les sociétés étudiées sont à la recherche d’un équilibre, mais ce n’est pas d’un équilibre économique ou même écologique qu’il s’agit ; ce qui leur importe, ce sont plutôt les équilibres proprement axiologiques, redoutant ce qui compromet l’équilibre des échanges de propriétés vitales entre les collectifs ou trouble l’ordre des substances : mâle/femelle, droite/gauche, sang de chasse/sang de femmes, pur/impur, etc. L’interdépendance entre les membres du groupe est moins matérielle que symbolique, un symbolisme dominé en particulier par la consubstantialité des consanguins (Makarius) – risque de transmissibilité du danger entre eux, obligation de pratiquer l’exogamie sexuelle et alimentaire, de venger la mort d’un proche, et ainsi de suite. La distinction société/nature n’étant pas pertinente aux yeux des primitifs, ils considèrent qu’un crime peut nuire à l’ensemble de l’univers.
Bien qu’il l’exprime d’une autre manière, l’idée de Testart est à peu près semblable : « Le point clef de l'ensemble de ces croyances, écrit-il, et de tout ce que j'ai expliqué relativement à la division sexuelle du travail, c'est qu'il convient d'éviter la conjonction du même avec le même. Le rapport intime (l'acte sexuel) entre deux êtres marqués par le même sang (parents entre eux) risque de déclencher des catastrophes (…) S'il est vrai que, dans de telles sociétés, la disjonction entre parents de même sang est si importante pour la conception de la société, on peut comprendre que l'idée ait investi l'ensemble du domaine des croyances qui est aussi celui des peurs irrationnelles. Et on dira, avec très peu de changements par rapport à la formulation précédente : La mise en présence de deux êtres pareillement affectés par le sang risque de déclencher des catastrophes. » (op. cit. p 140-143)
L’ordre est axiologisant et le maintien de l’équilibre cosmique impose de ne pas introduire de désordre en mélangeant ce qui doit rester séparé. Ainsi que Roger Caillois le constate dans son ouvrage L’homme et le sacré, la plupart des interdits sont en premier lieu « des interdits de mélange » car les « qualités des choses sont contagieuses : elles s’échangent, s’intervertissent, se combinent et se corrompent, si une trop grande proximité leur permet de réagir entre elle. » La conception archaïque des relations entre l’individu et le monde n’admet pas les séparations conceptuelles du naturalisme. La pensée magique n’a pas établi – ou ne souhaite pas établir – de coupure radicale entre esprit et matière, collectifs humains et non humains, essence et apparence ou autres ruptures oppositionnelles propres au naturalisme rationaliste.
Or tout cela conduit évidemment à une théorie sociale et, mieux encore, à une thèse sur l’origine du pouvoir. Pour Laura Lévi Makarius, le fait que les motivations magiques soient soumises aux exigences de l'évolution d’une société n'implique aucun finalisme. Les coutumes magiques nées au sein la société dépourvue de hiérarchie ont ensuite servi la division de la société sans être imposées par quelque entité placée en dehors d'elle. Elles ont été modelées par la dynamique sociale et ont évolué grâce à la plasticité qui s’attache à ce type de croyances. « Le développement social tire du vieux fond d'idées, de croyances et de coutumes magiques, en les modifiant parfois jusqu'à les rendre méconnaissables, les idées, les coutumes et les croyances adaptées aux nouvelles formes de rapports économiques et sociaux.[8] » Il est donc vrai que pour Makarius, la dynamique sociale entraîne l’évolution des croyances et par conséquent des institutions, mais c’est à partir de ces croyances, et plus précisément de la transgression rituelle des interdits, de la violation des tabous auxquels tout membre du groupe doit nécessairement se soumettre, que certains individus parviennent à acquérir du prestige, du pouvoir, et à dominer le groupe. « Les violateurs magiques d'interdits – magiciens, forgerons, griots, rois “sacrés”, jumeaux, tricksters mythiques et clowns rituels – sont représentés comme physiquement imprégnés de la même ambivalence qui caractérise le mana. Le mana peut donc se définir comme le pouvoir surdéterminé du sang, acquis par la violation délibérée des interdits.[9] »
Il n’existe pas de stratification sociale qui serait née de conditions concrètes ou objectives [10]. La source du pouvoir n’est pas la « peur du sang », ni même le tabou qui touche certaines matières comme le sang menstruel, les embryons, caillots de sang des fausses-couches, placentas, et autres. Pour qu’il se dégage de ces matières un pouvoir magique, il faut qu'elles soient délibérément employées dans un but d'efficacité par certains personnages capables de s’imprégner du mana [11]. Or ce processus est créateur d’histoire et constitue un accélérateur de la dynamique sociale. Même si elles n’ont jamais été égalitaires, comme Testart le souligne avec raison, les sociétés primitives sont entrées peu à peu dans une logique de spécialisation et de hiérarchisation qui s’est développée pleinement au néolithique.
Concluons en exprimant le regret que, dans son ouvrage précédent où il s’est longuement interrogé sur les causes de l’évolution sociale, Alain Testart n’ait pas souhaité se confronter à la théorie du pouvoir des Makarius, comme si l’explication évolutionniste devait nécessairement priver l’imaginaire social de tout rôle moteur dans la transformation des sociétés, en particulier durant la phase de division sociale. Pourquoi adopte-t-il cette position tranchée ? La réponse est peut-être celle-ci : il faut renoncer à concevoir un mécanisme particulier qui serait à la base de l’évolution sociale, parce que, écrit-il dans son ouvrage sur l’évolutionnisme, « l'action humaine (de l'homme en société, agissant sur la société) est une condition nécessaire et suffisante de l'évolution des sociétés. [12]  » Si, pour comprendre l'évolution des espèces, il faut faire appel à un mécanisme dépourvu d’intentionnalité qui les transforme malgré elles, de l’extérieur, il n’en est pas de même dans les sociétés humaines puisque « c'est toujours par le biais de leur action [celle des hommes] que se réalisent ces transformations. »
Ne parvenant pas à statuer sur ce qui fonde en dernière instance la dynamique sociale – la réalité ou l’imaginaire, la structure ou les croyances – il s’en remet à une notion vague et générale, assez englobante pour ne pas créer de dissension : l’action des hommes (déniant à l’action des autres espèces sur leur société et leur milieu tout type d’efficience dans leur évolution, ce qui est curieux car les animaux ne sont pas des rochers qui subissent passivement les forces naturelles). Or parler de l’action comme moteur de l’évolution revient à repousser d’un cran la question sans y répondre. Car on peut alors se demander ce qui motive l’action humaine sinon les croyances partagées par un groupe social et donc l’imaginaire social-historique.
Lire aussi : Complément sur « L’Amazone et la cuisinière »

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[1] Alain Testart est notamment l’auteur d’une enquête effectuée auprès d'anthropologues et publiée par le périodique: Gradhiva, 1987: « Qui a peur de Laura Makarius ? » portant sur l'ouvrage Le Sacré et la violation des interdits, un livre « resté sans écho dans la communauté scientifique, et qui mettait en vedette le rôle joué par le sang dans le paradigme des interdits ». Deux questions ont été posées : « quelle lecture actuelle de cet ouvrage est-elle possible ? Quelles raisons expliquent l'occultation de cet ouvrage ? Réponses de B. Juillerat, M.-C. Dupré, C. Berthe-Friedberg, C. Meillassoux. ».

[2] Raul et Laura Makarius, Structuralisme ou ethnologie, Pour une critique radicale de l’anthropologie de Lévi-Strauss, 1973. Ils lui reprochent notamment de considérer que l'inconscient « serait gouverné par des lois qui sont en dehors de l'expérience subjective, et qui sont les mêmes pour tous les hommes, constituant ainsi une réalité objective ».
Les principales œuvres de R et L Makarius sont téléchargeables sur le site de l’UQAC : URL : http://classiques.uqac.ca/contemporains/makarius...

[3] « Le lecteur aura remarqué que l'explication causale que je propose se trouve être strictement inverse : la cause ultime est dans la structure sociale, les croyances ne font que la traduire à leur façon, tout en ayant un rôle fondamental de généralisation. » (L’amazone et la cuisinière, p184).

[4] « L'outil féminin n'attaque pas la matière par un choc qui risque de la faire éclater en son cœur. Il s'adresse plutôt à la surface, qu'il traite par raclage, abrasion, décorticage, éventuellement écrasement ; ou, s'il s'agit de percement, il ne perce que l'enveloppe, peau ou vêtement, d'un corps qui reste intact. La femme étant sujette à de graves perturbations qui l'affectent en l'intérieur de son corps, elle évitera de produire de telles perturbations dans l'intérieur des corps qu'elle travaille. » (op. cit., p 91)

[5] Op. cit., p 163.

[6] Notons au passage que même chez Sade, qui s’est plu à enfreindre tous les tabous sexuels et à ne mépriser aucune « impureté », la menstruation constituait un obstacle infranchissable pour un libertin de sexe masculin. Lire à ce sujet.

[7] Temps critiques, n° 15, janvier 2010.

[8] Le Sacré et la violation des interdits.

[9] Ibidem.

[10] C’est moins net dans le cas de la division sexuelle du travail et Alain Testart aurait eu raison de le souligner. Laura Makarius écrit par exemple : « La division du travail qui devait assigner à l'homme le premier rôle dans la production, et confiner les femmes dans la cueillette – rôle également vital, mais n'ayant pas les fonctions organisatrices et structurantes de la chasse – s'étant imposée non pas pour servir les intérêts privilégiés des mâles, mais d'après les besoins du groupe entier et pour en assurer la survie, il est explicable que les femmes aient accepté, avec les besognes que la division du travail leur imposait, et avec les contraintes du tabou du sang, aussi l'hégémonie masculine dans le domaine magique. » Il y a ici la tentation de considérer que la division sexuelle du travail constitue aussi un ordre naturel visant à accroître l’efficacité des activités domestiques, ce qui pourtant est loin d’être évident.

[11] On ne s’étendra pas davantage ici sur cette théorie riche et complexe. On mentionnera simplement que, pour ses auteurs, le rituel de la violation inclut la pureté comme exigence de sécurité pour le violateur. Or l’évolution vers un régime patriarcal s’accompagne du refoulement de l'impureté associée aux femmes et de la valorisation magique, puis religieuse, de la pureté masculine, sans que les rites, les cultes et les conceptions nés de la magie de l'impur ne disparaissent pour autant. Le complexe rituel se retourne, et ce qui en était jusque-là la doublure se présente maintenant comme sa face apparente. À la faveur de l'évolution historique, la pureté est parvenue à se substituer au mana et à lui ravir son rôle opératoire, se confondant à lui sans cesser de le nier.

[12] Avant l'histoire : L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac, éd. Gallimard, 2012.

lundi 30 octobre 2017

Complément sur « L’Amazone et la cuisinière »

Pour Testart, c’est la richesse qui crée le pouvoir, pour les Makarius c’est la puissance magique rendue opérationnelle. Le personnage clé de la division sociale chez Testart, c’est le beau-père qui reçoit la dot (captation matérielle), pour Makarius c’est le sorcier ou le roi sacré imprégnés de mana et qui demeurent dans un premier temps indifférents à la richesse (captation de forces non matérielles), avant de devenir, dans le cas du roi, par exemple, un souverain riche et dominant.
Tout cela rejoint la question de la puissance abordée dans l’échange avec JW et CH sur la rationalité.

Je citais Fourquet : « De là une proposition essentielle de ce livre : la puissance est flux, non chose comptabilisable. La force sociale se forme uniquement par captage [il voulait sans doute écrire : « captation »] : elle attire et absorbe une partie des autres forces ; le destin d'une force inférieure est d'être captée par une force supérieure. La première qualité de la puissance, c'est l'attraction. À la limite il est impossible de distinguer l'énergie du dominant de celle du dominé [1]. »
Chez Hannah Arendt [2], la puissance n’est pas non plus comptabilisable, mais elle provient davantage des potentialités nées de la « cohésion » que de la « captation », et elle ne la confond pas avec la force.

jeudi 1 décembre 2016

Publications


« Sans crier gare surgit la nuit », roman policier
Édition La vie du rail - Collection Rail noir, janvier 2014

Gravement affecté par la perte de sa fille décédée six mois plus tôt lors de l’incendie criminel d’une galerie marchande, le narrateur souffre de troubles de la mémoire. Il suit un traitement dans un Institut de neurothérapie situé en pleine montagne, dans les environs de Grenoble.
L’enquête sur l’attentat est au point mort. Les actes de violence qui se multiplient à travers le pays sont attribués tantôt aux islamistes radicaux, tantôt à des groupes d’extrême droite, mais la police semble avoir du mal à identifier leurs auteurs. L’armée se déploie autour des quartiers "sensibles" dont certains sont entrés en "sécession". Les forces politiques en présence se résument à une extrême droite elle-même scindée en deux, sa tendance parlementaire s’étant séparée de sa fraction radicale, et une alliance gouvernementale composée d’un conglomérat de partis réunis sous la vague étiquette de "centre gauche".
Un nouveau parti, dont l’influence va croissant, s’engage à ramener le calme. Son principal dirigeant est un biologiste qui a, quelques années auparavant, exercé la fonction de conseiller ministériel au sein d’un gouvernement de gauche. Son objectif est de rassembler toutes les couches sociales autour de son slogan : "Travail, science et vérité". Selon lui, la politique disciplinaire est insuffisante pour rétablir l’ordre car les troubles neurologiques progressent trop vite dans la population. Il faut parvenir à "reprogrammer" massivement les "cerveaux malades", en premier lieu ceux des délinquants et des prisonniers, à accroître leur sens moral en suractivant certaines zones cérébrales et à modifier leur mémoire en effaçant, par exemple, leurs souvenirs traumatiques.
L’idée de la "reprogrammation cérébrale" semble rebuter une partie de l’opinion qui pressent un retour aux périodes les plus noires du passé. Car ce projet "biopolitique", selon le terme de Michel Foucault, ne ressemble-t-il pas à la mise en œuvre d’une sorte d’eugénisme mental ?
Cependant, nombre d’"experts" la plébiscitent et de plus en plus de gens se précipitent chez leur thérapeute, demandent qu’on efface leurs souvenirs traumatiques, qu’on les réconcilie avec leur travail, leur logement ou leur conjoint, qu’on soulage leur angoisse face à la crise qui s’aggrave.
Dans ces conditions, le programme du nouveau parti a toutes les chances de séduire une part croissante de l’électorat. Or, pour mettre en œuvre la "reprogrammation cérébrale", il faut former des milliers de thérapeutes et mobiliser toutes les unités de soin du pays. Ce qui suppose de réunir des fonds considérables.
Mais une autre difficulté surgit, un obstacle totalement imprévu dû aux agissements du petit groupe de patients aux personnalités fragiles qui tentent, à leur corps défendant, de découvrir ce qu’on voulait à tout prix leur cacher.
Qui aurait pu prévoir que, ce faisant, ils modifieraient le cours de leur histoire mais aussi, tant soit peu, le cours même de l’histoire ?
 

http://sexes.blogs.liberation.fr/2014/04/14/la-presse-sextasie-regulierement-sur-des-decouvertes-qui-ouvriraient-les-cles-du-septieme-ciel-tel-engin-greffe-su/
Agnès Giard, Libération

"Sans crier gare surgit la nuit" est un titre à retenir et un roman passionnant à savourer.
Mickaël Blondeau, Les polars de Mika

Voilà un roman très bien fait, intelligent et prenant et que vous devez lire.
Pierre Faverolle, Black Novel

L'un des moments de notre quinquennat précédent a été l'idée que l'on pouvait agir chimiquement sur les esprits des délinquants en herbe dès le primaire. C'est un peu, ici, le même esprit, où les avancées scientifiques proposent de “programmer” des citoyens plus dociles, dans une sorte de fascisme larvé, une tentative qui prend sa source (sans révéler la solution de l'intrigue) dans les nouvelles versions du capitalisme financier.
Laurent Greusard, K-libre

Un roman qui va plus loin qu’une simple détente, un roman qui amène à se poser des questions, et surtout à trouver les réponses…
Cassiopée, Un Polar

Un regard très intéressant et alarmant sur notre société, la technologie, sur les valeurs.
Unwalkers

Contrairement à ce que tout laisse à penser nul complot n’a aiguillé les mains des poseurs de bombe. Seuls le sordide et l’aigreur sociale ont guidé leurs gestes… Ce qui tout compte fait ne constitue que l’un des multiples soubresauts de la guerre que se livrent travail et capital…
Luis Alfredo, Rayon polar

Anticipation, suspens, scène d’action et réflexions sur le devenir de l’humanité, troubles sociaux, dangers des manipulations mentales… Tout y est, y compris un petit zeste de tendresse. Une anticipation noire, chaleureuse et prenante.
Le blog de Jeanne Desaubry



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« Mortelle hôtesse », roman policier
Édition La Vie du Rail - Collection Rail noir, mars 2011

Des passagers décèdent de mort pas tout à fait "naturelle" à bord du TGV Paris-Londres. Un homme est kidnappé dans une clinique de thérapie génique près de Genève. Un virus inconnu cause une épidémie de cécité à Anvers. Les militantes d’une ONG lancent une campagne de presse qui s’achève par une sanglante tuerie dans un hôtel de Londres.
Quelqu’un découvre qu’il existe un lien entre ces événements. Il se nomme Richard Meyer. Il est agent de renseignement pour le compte d’une officine privée et sa mission consiste à retrouver Humbert Katz, un patient dont on a perdu la trace quelques mois plus tôt.
Prise dans le tourbillon d’une guerre sans merci entre sociétés transnationales, son enquête se transforme en un périple forcené à travers l’Europe au sein d’un univers dont le burlesque apparent a du mal à dissimuler l’impitoyable violence.

https://drive.google.com/file/d/0B7gZhpvz-svHajVocXp4RmRZTk0/view
http://fr.calameo.com/read/00081726385b5b548a9e2
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mortelle_H%C3%B4tesse


Bernard Pasobrola, nous offre avec cette "Mortelle hôtesse", un thriller médical impitoyable et nerveux comme son écriture, haletant comme les tourbillons secrets du sanglant conflit économique qu’il décrit.
Luis Alfredo, Rayon Polar

Un bon roman divertissant pour un bon moment de lecture avec de nombreux rebondissements. (...) Les personnages sont agréables et plaisants à suivre (...) Un roman complexe et intelligent.
Pierre Faverolle, Black Novel

J'admire toujours la virtuosité avec laquelle les auteurs de romans noirs bâtissent une intrigue, entrecroisent des thèmes qui semblent à des lieux les uns des autres et qui finissent par se rejoindre pour la plus grande satisfaction du lecteur. (...) Le danger dénoncé de ces laboratoires qui n'ont de cesse que d'augmenter leurs profits et sont prêts à fomenter des épidémies (ou des craintes d'épidémie) pour mieux vendre leurs antidotes et gagner ainsi sur tous les tableaux est loin d'être imaginaire. Les amateurs apprécieront.
Patrick Rödel, Mediapart

Au fur et à mesure que le voyage littéraire se poursuivait mon esprit trépidait au rythme des roues, m’arrêtant à quelques gares afin de laisser reposer la motrice neuronale. Puis je repartais pressé d’arriver au terme du voyage. Et cette arrivée fut un éblouissement, un concert, non de chevaux-vapeurs mais de vaches en folie, une scène très visuelle dans un déchaînement désordonné et bruyant...
Paul Maugendre, Mystère jazz

Si l'on évoque souvent les filières de la drogue, si les médias consacrent des articles aux critiques de la société et aux tentatives de boycott pour lutter contre le commerce des fourrures animales, rarement l'accent est mis sur l'absence d'intégrité du marché des diamants. Or Dieu sait que celui-ci est source de violence, d'illégalité et de meurtres cachés derrière les façades bourgeoises des immeubles cossus hollandais. (...) En punissant les diamantaires par un virus qui les rend aveugles, Bernard Pasobrola rétablit une forme de justice.
Laurent Greusard, K-libre

Sous ses airs de roman d'espionnage et de scénario d'action, "Mortelle Hôtesse" cache une véritable âme littéraire. (...) "Mortelle Hôtesse" étonne par son intelligence et l'efficacité de sa plume.
Mickael Blondeau, Les polars de Mika

Il y a de l’action, des rebondissements, des liens entre les personnages, tout cela admirablement bien ficelé car on ne voit pas "venir" la suite (..) Une écriture de qualité, mais non dépourvue d’humour à ses heures.(...) Bernard Pasobrola sait distiller ses phrases humoristiques, dédramatisant ainsi certaines situations, avec finesse et sobriété.
Cassiopée, Un polar

Ce roman est donc d'une actualité évidente. De surcroît, il est parsemé d'irisements visuels et d'une virtuosité intellectuelle et verbale qui sont la marque des grands polars. L'action se mêlant, comme il se doit, à la réflexion. Un réalisateur y trouvera certainement la matière d'un film passionnant.
Donato Pelayo, journal L’Agglorieuse

A l'heure du concombre tueur (...) du chou-fleur qui dérape ou des OGM qui planent au-dessus de nos assiettes, sûr que Mortelle Hôtesse tombe à point. (...) Le roman de Bernard Pasobrola a tout pour susciter l'intérêt : des multinationales, des enlèvements, un milieu original (celui des diamantaires), du terrorisme biologique, des groupements bizarroïdes, genre le Temple Nazaréen... Le style de l'auteur est fluide et agréable.
Marc Suquet, Mauvais Genres

Bernard Pasobrola affirme avec ce quatrième roman un style grinçant mais tout en légèreté, l’ensemble teinté d’un humour, destructeur fort à propos. (…) L’atmosphère introduite par l’auteur à travers le soin porté à la structure et à la fluidité de l’écriture, met en évidence des aspects profonds de notre époque. Une intelligence que l’on savoure avec délectation.
Jean-Marie Dinh, La Marseillaise- L’Hérault du jour

Le suspense est bien dosé et tout est fait pour que le lecteur s'intéresse rapidement à l'enquête menée par Richard Meyer (...) Bernard Pasobrola a une belle plume. Ses descriptions sont réussies et la plupart de ses métaphores sont autant de belles trouvailles, parfois hilarantes. Au sérieux du roman d'espionnage, il vient ajouter une dose de loufoquerie qui fait plaisir à lire.
Hoël Maleuvre, Hannibal le lecteur

Bernard Pasobrola cherche à dynamiter le réel et à mettre en évidence l’aspect ridicule du pouvoir et de ce qui est considéré comme respectable. Pour ce faire, il a recours à un humour que l’on pourrait qualifier de baroque et à un talent certain pour camper ses personnages, fussent-ils secondaires tel le Chief Inspector dont "(les) métaphores subtiles exaltant les parties obscures de l’anatomie et (les) cris de bison teigneux prisonnier d’un marécage" ne laisseront aucun lecteur indifférent ! Ce roman est aussi un acte politique qui incite à la vigilance.
Élisabeth Poulet, La Revue des Ressources

Entre espionnage et polar, Bernard Pasobrola nous présente une intrigue tout à fait crédible. Les puissants de ce monde pourraient bien monter de tels complots et cela ne rassure personne. (…) Pasobrola dévoile petit à petit les liens qui unissent les industries et les gouvernements de différents continents. L’argent n’a pas d’odeur, mais les diamants pourraient bien ne pas être les meilleurs amis de la femme.
Morgane Marvier, Carnets Noirs

J’ai aimé ce roman pour la multiplicité de ses facettes. On voyage à tombeau ouvert au travers de mondes différents, sans savoir à l’avance s’il s’agit d’espionnage, de terrorisme, de guerre bactériologique ou autre.(…) C’est un roman très bien documenté et efficace avec des personnages vivants et l’humour grinçant, qui affleure ici et là, aide le lecteur à réfléchir sur tous ces réseaux de pouvoirs qui nous entourent et que nous ne voyons pas forcément. Nous en ignorons la face cachée, victimes peut-être de ce virus qui rend aveugle.
Odile Deschamps, Festival Mauves en Noir

Quelque chose de "2046" (Wong Kar Way, 2004) plane lors de la scène d’ouverture du livre ; difficile de lâcher après ça.
Magazine L’Indic, n° 12


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« L’Hypothèse de Katz », roman
Editions Denoël (mai 2001)
Version numérique (février 2013)
Taille du fichier : 477 KB
Nombre de pages de l'édition imprimée : 126 pages

Humbert Katz, commerçant failli, époux malheureux, est victime d’étranges malaises. Il reçoit des lettres anonymes dont l’auteur semble bien informé de son passé médical. Il soupçonne ses propres filles d’être à l’origine de ces messages : Liliane, la néolibérale, Déborah, qui ne jure que par la Thora, ou Nora, la brillante bioinformaticienne.
Son enquête le conduit aux portes d’un monde silencieux où, dans le secret des laboratoires, de jeunes chercheurs marient informatique et génétique, embryons humains et neurones artificiels.
Au détour d’une expérience peut naître une technologie aussi révolutionnaire que l’invention de l’écriture. Si l’hypothèse de Katz se vérifie, notre ancestrale manière de communiquer sera bientôt aussi désuète que la tablette d’argile à l’heure du courrier électronique.
Hallucination ou réalité ? Comment trancher quand le "merveilleux" de la science frôle le démiurgique, bouleverse notre vie quotidienne et réveille nos fantasmes les plus profonds ?

https://drive.google.com/file/d/0B7gZhpvz-svHdUwyRVNESGtJeWM/view
https://drive.google.com/file/d/0B7gZhpvz-svHZ29xTWdPN0lfM3M/view

Remarquable et prenante fable scientifico-humoristico-policière à clés, "L'hypothèse de Katz" confirme le talent d’un écrivain authentique à l’inspiration originale.
Gérard Bonet, L’Indépendant

"L’hypothèse de Katz" de Bernard Pasobrola donne le frisson. Son suspense nous interdit de le lâcher un instant... À la fin de la lecture, croyez-moi, on ne regarde plus tout à fait ses enfants du même œil… Ce roman noir est excellent.
Éric Yung, Philanthopolar, France Inter

Ce roman accomplit la prouesse d’être à la fois un roman noir et un roman comique. Un thriller scientifique sur le ton d’un hallucinant vaudeville familial.
Edmonde Vergnes-Permingeat, La Montagne noire

La puce est-ellel'avenir de l'homme ? Présentation du roman "L’hypothèse de Katz" (éd. Denoël, 2001), Salon du Livre de Sofia, décembre 2001

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« Au diable vos verres », roman
Édition Séguier ( janvier 1997)
Version numérique (février 2013)
Taille du fichier : 933 KB
Nombre de pages de l'édition imprimée : 124 pages

Nous sommes au début des années 70. Le narrateur, un anthropologue désabusé, s’est laissé entraîné sur des îles lointaines, mais ce voyage apparemment touristique menace de virer au cauchemar. Oscillant entre déraison et autodérision, il parcourt un chemin parsemé de signes dont il recherche la cohérence et finit par s’éprendre d’une grotte située au bord d’une petite plage, convaincu que le destin l’a conduit à cet endroit afin qu’il y passe le restant de ses jours. Seul problème : c’est là que vit un groupe de hippies qui n’ont pas l’air décidés à se laisser déloger. Une comédie noire sur la recherche d'un impossible ailleurs.

https://drive.google.com/file/d/0B7gZhpvz-svHdGo2Q1B2UnhBMTA/view

Quelle maîtrise d'écriture, quel humour !
Françoise Xenakis, Le magazine des livres

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« Le Singe et l’architecte », roman
Édition Séguier (septembre 1998)
Version numérique (février 2013)
Taille du fichier : 781 KB
Nombre de pages de l'édition imprimée : 291 pages

Judite et Jaime ont quitté Lisbonne pour s’installer dans l'Algarve, au milieu du "barrocal", paysage de garrigue et de sources. Le jeune couple tente d’initier une nouvelle vie, mais se heurte au microcosme déjanté d’une région touristique dévorée par les affaires. Lorsque la mairie ordonne d’empiéter sur leur terrain pour construire une route desservant le lotissement appartenant à l’architecte français Cyprien Croz, ils savent que le conflit est inévitable. Pourtant, au-delà des rivalités et des jeux de séduction, la lutte engagée révélera l’insoupçonnable destinée de chacun des personnages.

https://drive.google.com/file/d/0B7gZhpvz-svHcGNaMXdfLW5naVE/view
https://drive.google.com/file/d/0B7gZhpvz-svHU2xQeFRKMHpjclE/view
Un flamboyant retour aux sources du baroque dans un pays où l’odeur des œillets s’est depuis longtemps volatilisée entre champs d’oliviers et bétons littoraux... Un style fort, aux accents parfois simoniens.
L’Indépendant





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« Brève histoire illustrée de l’électrisation médicale, 1780 – 2014 »
Version numérique (mai 2014)
Tout au long de son histoire, l’électrisation cérébrale médicale s’illustre par la violence de ses méthodes. Mettant à profit la collusion fusionnelle entre pouvoir médical et pouvoir politique à l’époque du Troisième Reich, la force délétère de ces techniques a fait ses preuves dans l’entreprise de destruction des individus considérés comme déficients lors de la mise en œuvre du sinistre programme Aktion T4. Cet ouvrage rappelle également que le projet MK-Ultra de la CIA s’est servi de milliers de cobayes à partir des années 1950 et a fait un nombre considérable de victimes aux États-Unis. Qu’en est-il aujourd’hui ? Il n’est pas certain que la mystique de la "thérapie de choc" et de l’électrisation cérébrale purificatrice et salvatrice ait fait son temps si l’on en croit la prolifération des techniques de stimulation électrique ou magnétique du cerveau dont la finalité est la "cognition augmentée", la lutte contre la dépression ou l’orgasme purement cérébral. Ou encore les expériences visant à modifier le psychisme en créant de faux souvenirs et en manipulant la mémoire. La possibilité de contrôler le psychisme en agissant à distance et à leur insu sur le cerveau des individus fascine depuis longtemps nombre de scientifiques et de gouvernements. Ce type de recherche alimente plus que jamais les fantasmes autour de la découverte d’une arme de contrôle mental capable de neutraliser à distance, d’influencer ou même d’anéantir psychiquement un individu. Ce qui permettrait, au besoin, d’obtenir le rétablissement de l’ordre social par des moyens imparables ou des victoires militaires à moindre frais.

http://sexes.blogs.liberation.fr/2014/05/19/1888-la-corticomie-ou-excision-corticale-de-burckhardtde-facon-tres-revelatrice-lhistoire-de-la-psycho-chir/

Agnès Giard, Libération

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« Croissance et circulation, incoercible expansion fluidique »
Version numérique (mai 2014)
"En examinant les faits d’astronomie, de chimie et de physiologie, j’ai conçu que tous ces phénomènes pouvaient être considérés comme une lutte entre les solides et les fluides", écrivait Saint-Simon, l’un des plus influents fondateurs du culte du développement industriel. La théorie saint-simonienne permet de souligner le fait suivant : l’histoire du capitalisme montre l’incoercibilité de la tendance expansive du capital, mais le principe de croissance rend l’idée de développement matériel problématique – et même aporétique, car on sait que "les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel" et que l’illimitation conduit à une impasse logique. La circulation, en revanche, est susceptible de recycler à l’infini les mêmes substances, ce qui induit la notion de mouvement (progrès) même sans accroissement des éléments solides. Or si la solidification excessive est facteur d’inertie et/ou d’autarcie, l’expansion fluidique conduit à un mouvement chaotique qu’illustrent bien certaines métaphores devenues courantes à l’heure actuelle : "bulles" qui gonflent et qui éclatent, "tempêtes" boursières ou financières, "naufrages" de certains États – les exemples sont légion. Le fluidisme théorisé par Saint-Simon a engendré la fluxisation généralisée de l’univers social. Cela signifie que la production et la gestion des flux (informationnels, communicationnels ou financiers) ont tendance désormais à subsumer la production matérielle. La communication permanente et l’activité fluxiste recomposent artificiellement la socialité disparue. Elles s’accompagnent d’un discours extatico-apologétique et d’une autoglorification permanente de la "communication" vue comme une nouvelle transcendance.


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« Un café avec Norbert M. et autres micro-histoires »
Version numérique (mai 2014)
Sept textes courts :
    - Un café avec Norbert M.
    - Histoire circulaire
    - La clé est sur la porte
    - L'homme aux clous
    - Noël chez l’inspectrice Herse
    - Nork
    - Festival du dernier roman




      samedi 7 mai 2016

      Sans crier gare surgit la nuit (extrait)


      C’était un samedi et les soldes attiraient une foule nombreuse vers le centre commercial Nouveau Monde situé au bout d’une large allée venant de la place de la Comédie. Une fourgonnette de police stationnait devant chacun des deux sas d’accès, tous les autres étant condamnés. Vers onze heures du matin, le public se pressait devant l’entrée principale. Des policiers gantés de blanc examinaient l’intérieur des sacs sous l’œil des caméras reliées à un physionomètre. Le cordon était immédiatement prévenu lorsque les logiciels repéraient un visage suspect. Cela ne se produisit pas ce matin-là.
      Quand Gino eut franchi l’entrée principale de la galerie marchande, il descendit d’abord au rayon alimentation et fit quelques emplettes. Il emprunta ensuite l’escalier mécanique pour regagner le niveau zéro et se dirigea vers la sortie.

      vendredi 6 mai 2016

      Affinités électriques, le songe obsédant d'une physique de l'âme (I) *


      Faradisation de malades dans l’unité d’électrothérapie de Charcot et Vigouroux à la Salpêtrière.
      Gravure de Daniel Vierge, 1887.

      « Des milliers de malades ont été traités, ces dernières années, à la Salpêtrière. (…) les malades en traitement sont placés sur une série de tabourets isolants reliés à une machine électrique. C'est ce qu'on appelle le bain électrique. Sous son influence, on constate divers phénomènes physiologiques (chaleur, circulation du sang, etc., etc.), trop techniques pour trouver ici leur place. L'électrisation localisée se fait au moyen d'excitateurs appropriés. Les principales affections que l'on traite à la clinique de la Salpêtrière appartiennent à deux classes ; les maladies nerveuses (hystérie, névralgies, paralysies de toute espèce) et les maladies de nutrition dans lesquelles on comprend la dyspepsie, dilatation de l'estomac, chlorose, anémie, rhumatisme, etc. Le nombre toujours croissant des malades qui affluent à chaque consultation est la meilleure preuve de l'efficacité de ce traitement. Déjà connue, mais pas assez encore, cette nouvelle méthode thérapeutique, qui a déjà pris la plus grande extension, est appelée au plus brillant avenir. »
      Extrait du journal hebdomadaire LE MONDE ILLUSTRÉ, 14 août 1887


      Dans son ouvrage Ma vie et la psychanalyse, Freud confie que lorsqu’il quitte l’enseignement de Charcot à Paris pour rentrer s’établir à Vienne au cours de l’année 1886, son arsenal thérapeutique se limite à deux techniques : l’hypnose et l’électrothérapie. « Je m’en rapportai, en ce qui concerne l’électrothérapie, au manuel de W. Erb, qui donnait des prescriptions détaillées sur le traitement de tous les symptômes des maladies nerveuses. Je devais malheureusement bientôt reconnaître que ma docilité à suivre ces prescriptions n’était d’aucune efficacité, que ce que j’avais pris pour le résultat d’observations exactes n’était qu’un édifice fantasmagorique. La découverte qu’un livre signé du premier nom de la neuropathologie allemande n’avait pas plus de rapports à la réalité que, par exemple, une clef des songes “égyptienne” telle qu’on en vend dans nos librairies populaires, fut douloureuse, mais elle m’aida à perdre encore un peu de la naïve croyance aux autorités dont je ne m’étais pas encore rendu indépendant. Je mis donc l’appareil électrique de côté, avant même que Moebius n’ait proféré ces paroles libératrices : les succès du traitement électrique – quand il en est – ne sont dus qu’à la suggestion médicale. »

      jeudi 5 mai 2016

      Affinités électriques, le songe obsédant d'une physique de l'âme (II) *




      Crises convulsives artificielles



      Au cours de l’Entre-deux-guerres, l’électrothérapie qui, outre sa violence, s’est un peu trop compromise, au goût des milieux scientifiques, avec le magnétisme ou le spiritisme, perd progressivement son prestige face aux progrès de la toute nouvelle radiologie, science diagnostique aux résultats plus palpables.
      La Société Française d’Électrothérapie créée en 1891 est rejointe par de jeunes médecins comme Antoine Béclère (1856-1939) qui ont foi en l’avenir médical des rayons X découverts en 1895 par Wilhelm Röntgen. Les avancées obtenues à la même époque dans le domaine de l’électroencéphalographie auraient pu être, elles aussi, fatales à l’électrothérapie. Car, durant cette même période, le neuropsychiatre allemand Hans Berger (1873-1941) analyse les fluctuations de tension électrique dans le cerveau humain et utilise un galvanomètre à cordes (conçu pour détecter les faibles courants cardiaques) dans le but d’enregistrer les ondes cérébrales. Berger, qui mène ses recherches dans le secret absolu, publie ses résultats en 1929, cinq ans après son premier électroencéphalogramme réalisé le 6 juillet 1924.
      Même dans ce cadre où la métaphore du « cerveau électrique » accroît considérablement son rayonnement, l’électrisation médicale ne risque-t-elle pas de voir son fluide magique accoucher de simples procédés diagnostiques destinés à servir d'auxiliaires à d’autres techniques plus nobles ? Ou ne dépérira-t-elle pas entre les mains de charlatans et d’obscurs guérisseurs ?
      C’est grâce, encore une fois, à la psychiatrie, toujours plus friande de thérapies de « choc », qu’elle renaîtra de ses cendres à la fin des années 30.
      Qu’appelle-t-on une thérapie de « choc » ?
      « Dans le vocabulaire médical, résume Rémy Bation [1], le terme “choc” décrit un état de collapsus tensionnel ; mais son emploi ici est bien plus large et assez imprécis ; désignant des phénomènes très variés comme la crise convulsive, le coma hypoglycémique ou des méthodes anecdotiques et jugées aujourd'hui barbares comme la précipitation d'un lieu élevé, l'immersion brusque dans l'eau.